Flèche de France Paris-Le Havre : affronter le froid avant la Desertus Bikus
276 km et 1 600 m de dénivelé positif. C’était la plus longue sortie que j’avais jamais faite, et je ne savais pas si j’irais au bout. Chaque coup de pédale allait être un test : la distance, le froid mordant, la fatigue qui s’installerait au fil des heures.
En partant, je savais que cette Flèche de France Paris-Le Havre serait plus qu’une simple randonnée. Cette flèche de France vélo, organisée par l’Audax Club Parisien, représentait un vrai test d’endurance en conditions hivernales.
C’était un entraînement pour la Desertus Bikus, un avant-goût de l’ultracyclisme et de ses exigences. Mais étais-je vraiment prête ?
Ce récit, c’est celui d’un défi entre Seine et mer, où le doute s’est invité avec le vent glacial, mais où chaque kilomètre m’a rapprochée un peu plus de mon objectif.
Se préparer à l’inconnu : un entraînement clé pour l’ultracyclisme
Cela fait maintenant six mois que je me prépare pour la Desertus Bikus, et jusque-là, je m’étais toujours entraînée seule. Mais cette épreuve dans le désert espagnol, je la vivrai avec Axel.
Nous avons déjà parcouru des milliers de kilomètres ensemble en voyage à vélo, et ce n’était pas notre première Flèche de France – après Paris-Dieppe et Paris-Charleville, nous savions déjà ce qu’impliquait une longue sortie. Sauf que nous sommes en février, avec des températures hivernales qui allaient mettre notre endurance à rude épreuve.
La Flèche Paris-Le Havre officielle fait 256 km, mais notre parcours total s’avère encore plus long puisque nous devons d’abord rejoindre le point de départ au niveau de porte de Courcelles à Paris. En fin de compte, nous avons parcouru 276 km et affronté 1 600 m de dénivelé positif. Ce défi représentait un véritable test pour notre premier ultracyclisme long en duo. Pour Axel, malgré ses longues distances déjà réalisées, il devait gérer l’effort différemment, avec moins de pauses, sous un froid mordant et avec moi.
Flèche de France Paris-Le Havre en février : une expérience hivernale exigeante
Nous savions que l’ultracyclisme impose un rythme bien différent du simple voyage à vélo : moins de pauses, une gestion plus stricte de l’effort et une pression mentale accrue. Pour moi, c’était l’occasion de vérifier si j’étais vraiment prête après six mois d’entraînement solo.
Équipement et vélo : affronter le froid et valider (ou pas) mon vélo
Les températures s’annonçaient basses, et il fallait être prêts à affronter des heures de pédalage dans le froid, typiques d’une sortie de longue distance à vélo en hiver. Nous avons donc peaufiné notre équipement :
- Vêtements : je portais un cuissard court avec un legging chaud par-dessus, ainsi qu’un sous-maillot et une veste, tous achetés chez Décathlon. Pour protéger mes extrémités, j’avais une grosse paire de gants hiver, deux paires de chaussettes, deux paires de sur-chaussures, ainsi qu’un cache-cou remonté sur mon visage et un cache-oreilles.
- Bagages : nous avions prévu de dormir à l’hôtel à l’arrivée, donc je n’avais pas pris de change, seulement un maillot pour l’hôtel. J’avais une petite sacoche avec un peu d’alimentation, tandis qu’Axel portait une plus grosse sacoche contenant un change.
- Alimentation et stratégie : nous avions emporté des en-cas salés et comptions acheter à manger en chemin, sachant que partir un samedi nous assurerait de trouver facilement des commerces ouverts.
- Vélo : avant de partir, nous avons pris le temps de nettoyer la transmission pour éviter tout souci mécanique. De mon côté,j’avais récemment changé ma position et mon cintre, et cette sortie était aussi l’occasion de valider ces ajustements en conditions réelles.
Une entrée en matière chaotique : brume et imprévu au départ
Nous avons quitté notre domicile à 4h30 du matin et roulé pendant environ une heure pour rejoindre le point de départ officiel, situé à Paris, à la Porte de Courcelles. Conscients qu’il serait difficile de trouver des commerces ouverts aussi tôt, nous pensions effectuer un retrait à un distributeur.
Cependant, nous avons dépassé le point de départ sans nous en rendre compte. C’est en apercevant le panneau « Levallois », nous avons réalisé que nous avons dépassé le point de départ officiel. Nous nous sommes arrêtés devant le panneau pour prendre une photo et avons décidé de chercher un commerce ouvert à La Frette-sur-Seine (la deuxième option de départ) afin de faire tamponner notre carte.

Pour valider une Flèche de France audax, il faut prouver son passage dans certaines villes en faisant tamponner une carte de route. Si aucun commerce n’est ouvert, il est également possible d’effectuer un retrait à un distributeur ou de prendre une photo devant le panneau de la ville comme preuve.
Cet imprévu nous a montré que nous n’avions pas suffisamment anticipé certains aspects logistiques – une erreur de préparation qui nous servira de leçon pour les prochaines Flèches ainsi que pour la Desertus Bikus. Il nous faut désormais trouver comment afficher les points d’intérêt et points de contrôle sur notre GPS Garmin.
En sortant de la ville, le froid s’est intensifié, accompagné d’une brume épaisse qui enveloppait la route, avant de se dissiper progressivement vers midi.
Le cœur du parcours : défis, imprévus et doutes
Dès notre départ, la météo nous a réservé d’autres surprises. La forte brume, présente même après le lever du soleil, nous empêchait de profiter pleinement du paysage. En quelques instants, une fine couche de givre s’est déposée sur nous et nos gourdes commençaient à geler. Toutefois, partir si tôt dans la nuit offrait l’avantage d’une circulation très faible, ce qui nous permettait de rouler en toute tranquillité malgré le froid.
Au début, l’itinéraire nous était familier, car la Flèche Paris-Le Havre à vélo débute de la même manière que celle vers Dieppe, puis se sépare à Conflans-Sainte-Honorine pour nous conduire par Jouy-le-Moutier vers le Château de Boisemont. Nous savions que le dénivelé serait principalement concentré dans la traversée du Vexin. Ensuite, nous rejoignions la Seine, de Vétheuil à La Roche-Guyon, où j’ai admiré les impressionnantes falaises calcaires.
À 9h50, nous arrivions à La Roche-Guyon, où nous validions notre passage à l’épicerie. Le commerçant nous indiqua que nous étions les premiers de l’année à passer pour un tampon. Après avoir observé le château, nous continuâmes vers une nouvelle côte. Je montai devant Axel – habituellement, c’est lui qui me précédait dans les côtes – et me dis que mon entraînement portait ses fruits. Une fois le sommet atteint, Axel m’annonça qu’il était fatigué ; il nous restait encore 170 km, et je commençai à m’inquiéter pour lui, alors que je me sentais encore en forme.

Nous poursuivons ensuite vers Giverny, puis Vernon et Les Andelys, en admirant Château-Gaillard. Le froid nous dissuade de sortir nos mains de nos gants, et nous n’avons pas le courage de faire des photos.
Au Pont de l’Arche, après 159 km, nous décidâmes de nous arrêter à la boulangerie. J’avais soudain très envie d’une quiche – pas une quiche lorraine, mais une « flammèche quiche ». Nous aurions pu pousser jusqu’à Elbeuf, mais ce petit réconfort était nécessaire. Nous fîmes vite, car malgré le soleil timide, nous commencions à frissonner.
Nous reprenons la route en empruntant un tronçon de gravel avant d’arriver à Elbeuf vers 14h30, pour le deuxième pointage. Dans un bar, je fis tamponner la carte. Le gérant, très sympathique, nous proposa même de remplir nos gourdes, mais celles-ci étaient déjà pleines – une remarque qui m’incita à réfléchir sur l’importance de bien s’hydrater, surtout avec la belle côte qui nous attendait à la sortie d’Elbeuf.

C’est en haut de cette côte que mon genou me lâcha. Après 170 km, une vive douleur se manifesta à l’avant de mon genou. J’étais dégoûtée, d’autant plus que j’avais réalisé une étude posturale un mois auparavant pour éviter ce genre de problème. Même si la douleur, qui persistera quelques jours, restait supportable, je décidai de ménager mes efforts sur les dernières petites côtes restantes, alors qu’il nous restait encore environ 100 km à parcourir.
Nous continuons sur des routes forestières en mauvais état, traversant de nombreuses zones de chasse. N’ayant pas envie de nous éterniser au cœur de ces forêts, j’évite même de faire une pause pipi. D’ailleurs, un défilé de véhicules transportant des chevaux nous obligea à nous arrêter sur le bas-côté à chaque passage.
Au kilomètre 214, nous passâmes du côté nord de la Seine en empruntant le pont de Brotonne, via une large piste cyclable. Personnellement, je n’aime pas traverser les ponts à vélo, surtout quand les pistes sont mal entretenues et parsemées de cailloux et de débris. Heureusement, ce pont se monta assez facilement, faute de vent.
Peu après, nous arrivâmes à Caudebec-en-Caux, où nous validâmes le troisième pointage, et nous assistions au coucher du soleil. Dès lors, la nuit reprit ses droits, rendant le paysage invisible et annonçant le début de la partie la plus éprouvante de notre journée. Le froid refit surface et commença à miner notre moral. Il ne nous restait plus que 50 km, que nous allions parcourir beaucoup plus lentement que d’ordinaire.
Je ne sais pas pour vous, mais ce sont toujours les derniers kilomètres qui sont les plus difficiles, quelle que soit la longueur de la sortie.
Enfin, à Tancarville, nous rejoignons la zone portuaire. Nous la traversons dans l’obscurité totale, accompagnés par la brume. Seuls sur des routes interdites à la circulation, nous avions comme un trou de lumière devant nous, éclairé par nos lampes. On entendait les oiseaux sur l’eau, mais rien n’était visible. L’ambiance était particulière : au loin, les lumières du port du Havre apparaissent, à la fois proches et lointaines, tandis que le froid continuait d’affecter notre moral – nos mains étaient gelées et on peinent à se réchauffer.
J’avais une envie irrépressible d’appuyer sur les pédales pour rejoindre au plus vite une douche bien chaude, imaginée depuis le matin. Mais je commençais à perdre Axel derrière moi. Il se sent mal, avançant à peine. Je lui propose de manger, mais il refuse, ayant atteint le bout de ses forces et avance uniquement par le mental.
L’arrivée au Havre : l’émotion du bout du chemin
Nous finissons par atteindre le port du Havre. Les lumières du port nous réveillaient, et malgré le froid qui nous faisait trembler, l’idée de regagner l’hôtel pour enfin nous réchauffer était notre unique objectif.
Cette arrivée n’est pas seulement la fin d’une Flèche de France éprouvante, elle marque également une étape importante dans notre préparation pour la Desertus Bikus.
Une Flèche de France est un parcours longue distance à vélo, proposé par l’Audax Club Parisien, reliant Paris à différentes villes de France. Ce n’est pas une course, mais un défi d’endurance où l’objectif est de rallier l’arrivée en validant des points de contrôle, dans un temps imparti. Ce qui compte avant tout, c’est la régularité, la gestion de l’effort et la capacité à tenir sur la durée.
Pour moi, cette Flèche de France Paris–Le Havre était un véritable test grandeur nature. Elle permet de se confronter à ce que l’ultracyclisme impose réellement : peu de pauses, une attention constante à l’alimentation, à l’hydratation, au matériel et surtout au mental. C’est un excellent entraînement avant un défi comme la Desertus Bikus.
Il faut évidemment une base d’endurance, mais il n’est pas nécessaire d’être un cycliste très entraîné pour se lancer. Les Flèches de France proposent différents niveaux de difficulté, avec des temps impartis plus ou moins longs. Sur les niveaux les plus accessibles, le délai est volontairement large, ce qui permet de gérer l’effort sans pression et d’avancer à son rythme.
Cela en fait un défi progressif, idéal pour découvrir la longue distance, apprendre à se connaître et gagner en expérience avant des objectifs plus exigeants
Conclusion : un apprentissage précieux pour l’ultracyclisme
Après avoir parcouru 270 km dans un froid mordant, enveloppés par une brume persistante – du point de départ raté, aux gourdes gelées, en passant par un genou qui flanche – cette Flèche de France Paris-Le Havre restera gravée dans nos mémoires. Cette aventure fut un véritable test de notre endurance physique et mentale, et un entrainement grandeur nature pour l’ultracyclisme. Elle nous a offert des leçons indispensables pour la suite.
Chaque kilomètre parcouru nous rapproche de notre objectif ultime : la Desertus Bikus. Malgré les imprévus et les erreurs de préparation, nous avons puisé dans notre motivation et notre complicité pour avancer.
Je pense déjà à notre prochaine aventure… et vous, quelle sera la vôtre ? Dites le nous en commentaire 👇
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